Surmortalité des abeilles : conséquence de multiples facteurs et de leurs interactions

Date de l'événement : 
Mercredi 17 octobre 2012 - 11:45
Lieu : 
Amphi 9110 (pôle physique) - Aubière
Auteur : 
Frédéric Delbac

AbeillesLa surmortalité des abeilles domestiques (Apis mellifera) et la diminution des populations de pollinisateurs sauvages constatées à travers le monde ces dernières années sont à l’origine des préoccupations écologiques et agro-économiques actuelles. En effet, outre leur rôle dans le maintien de la biodiversité florale, les pollinisateurs garantissent également plus d’un tiers de nos ressources alimentaires. De nombreuses pistes sont avancées pour expliquer l’origine de cette surmortalité : l’appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires en lien avec l’intensification des monocultures et la modification des
paysages, l’action d’agents pathogènes responsables de maladies comme la varroase, les loques ou la nosémose, le stress chimique provoqué par l’exposition des abeilles aux produits phytosanitaires et vétérinaires ou encore certains prédateurs tel que le frelon asiatique. Cependant, malgré tous les efforts consentis à ce jour, il semble qu’aucun des facteurs incriminés ne puisse être considéré comme seul responsable des mortalités observées.

Après avoir longtemps recherché une cause unique, la communauté scientifique s’oriente aujourd’hui vers une origine multifactorielle,c'est-à-dire l’action combinée de plusieurs agents stressants. Les colonies d’abeilles étant à la fois exposées à une grande variété de polluants chimiques et fréquemment infectées par Nosema ceranae un parasite intracellulaire de l’intestin (~70% des colonies sont infectées), le risque lié à des interactions entre ce pathogène et des insecticides est actuellement fortement considéré. En 2010, des chercheurs de l’INRA d’Avignon ont ainsi démontré que l’exposition croisée des abeilles à un insecticide (imidaclopride) et à Nosema entraîne un taux de mortalité très important. Nous avons récemment confirmé cet effet « cocktail » mortel pour les abeilles avec deux autres insecticides (fipronil et thiaclopride). Cette étude démontre que des abeilles parasitées
par N. ceranae succombent à des doses très faibles (sublétales) d’insecticides, ce qui n’est pas le cas des abeilles saines. Plus récemment, nous avons montré que cet effet synergique est observé quel que soit l’ordre d’exposition des abeilles à ces 2 stress et avec des
doses d’insecticides plus de 200 fois inférieures à la DL50. L’utilisation des combinaisons pathogènes-toxiques fait d’ailleurs partie des alternatives à l’usage unique et massif d’insecticides, envisagées dans le cadre de programme de lutte intégrée contre des insectes ravageurs. Ces associations aboutissent dans plus de 50% des cas à un effet synergique sur la mortalité de l’insecte mais, comme pour l’abeille, le(s) mode(s) d’action à l’origine de cette synergie demeure(nt) inconnu(s).

Image d'illustration de l'événement