Mon métier d’historien médiéviste

Date de l'événement : 
Jeudi 12 décembre 2002 - 18:30
Auteur : 
Michel Parisse
Thèmes Jeudis du patrimoine : 

Le choix d’une période préférée, pour un futur historien, est le fruit de plusieurs hasards : le goût pour une période, une région, une langue, l’influence d’un professeur. Pour ma part ce fut l’exotisme du Moyen Age, le coup de foudre pour les actes en parchemin en écriture post carolingienne, la connaissance du latin, l’envie de fouiller dans les archives, l’amour de la région lorraine. Une fois les concours passés et le salaire assuré, le travail de recherche s’imposait, le sujet en étant choisi là encore en fonction de choix spontanés ; ce ne serait pas de l’économie, ni de l’art, mais plutôt des institutions, des structures, une société. L’intérêt pour les généalogies m’a rabattu sur la noblesse lorraine, et accessoirement une édition de chartes. Ce second exercice fut réservé à la petite thèse, la thèse dite de 3e cycle, un travail que l’on peut mener à bien en même temps qu’on assure 18 heures d’enseignement dans un lycée ; car la fragmentation du travail n’est alors pas une gêne. Il est plus facile de coupler l’enseignement d’un assistant de faculté avec la thèse proprement dite. De 30 à 40 ans, l’apprentissage du travail universitaire se couplait ainsi avec la documentation de la thèse et l’engagement en histoire régionale, trois tâches simultanées. En effet fréquenter Bibliothèques et Archives, plonger dans l’histoire locale conduit inévitablement à devenir ce qu’on appelle un "historien". La quête de la documentation, l’accumulation de fiches, est la première étape, indispensable, du travail de recherche ; elle est longue, oblige à beaucoup voyager, oriente de plus en plus la synthèse à venir en fonction des trouvailles que l’on fait. Le troisième champ labouré est l’enseignement ; cette fois celui de la seule histoire du Moyen Age contraste avec l’encyclopédisme forcené du lycée et permet d’affiner tous les jours la connaissance de la période retenue. Il y a alors concentration des efforts dans une même direction. Le jour où la thèse s’achève marque le début d’une nouvelle carrière, celle du professeur, à qui revient le soin de donner des cours magistraux, auquel sont promises les tâches administratives, direction d’un laboratoire, d’une unité d’enseignement, de travaux d’étudiants, avec l’inévitable cohorte des réunions, colloques, voyages, rapports. Il y a un basculement d’une vie de chercheur dans celle d’un enseignant et d’un gestionnaire. Du jour au lendemain le chemin vers les Archives et les Bibliothèques se referme et l’on se met à vivre sur les réserves accumulées dans la première période. Ce peut être la mise en place d’un ronronnement sympathique, hélas infructueux, sauf si une sollicitation oblige à voyager, à changer de lieu de travail, à publier un manuel pour étudiant ou une nouvelle recherche.
Deux changements majeurs sont intervenus pour moi dans le dernier tiers de ma carrière. Le premier fut un séjour de recherche et de gestion durant six ans en Allemagne, ce qui signifiait un total bouleversement des habitudes et un contact précieux avec l’étranger, son histoire et ses méthodes. Accessoirement cela me transforma en intermédiaire obligé entre les médiévistes français et allemands. Le deuxième changement fut le passage à la Sorbonne et au milieu parisien. La mutation était moins forte en apparence, mais elle fut aussi captivante : nouveaux collègues, nouveaux étudiants, nouveaux thèmes, grand nombre de disciples, jurys de thèses, choix incroyable de contacts possibles, avec les colloques, les séminaires, les visites d’étrangers. Qu’on le sache, tout changement de lieu et de travail est bénéfique. Le temps passe ainsi plus vite, jusqu’à la retraite. Cette fois, fini le stress des cours à donner à jours fixes, des articles à rendre à dates imposées ; arrive le moment de sortir des tiroirs les projets ensevelis depuis trente ans et laissés en rade. La retraite est aussi le temps des présidences et des préfaces, comme dit un collègue ; ce n’est pas, ce ne doit pas être l’hibernation. Quand on aime la recherche en histoire, il n’y a pas d’arrêt.

Image d'illustration de l'événement