Ludovic DEGROOTE et Christiane VESCHAMBRE

Date de l'événement : 
Jeudi 9 janvier 2014 - 10:45
Lieu : 
Bibliothèque Lettres et Sciences Humaines Lafayette
Auteur : 
Christiane VESCHAMBRE et Ludovic DEGROOTE

livreLes bénévoles de la semaine de la poésie présenteront et liront des textes de Christiane Veschambre et Ludovic Degroote, poètes présents à Clermont-Ferrand pendant la Semaine de la Poésie du 22 au 29 mars 2014.
Extrait de La Maison de terre paru au Préau des collines en 2006 :
On veut dire ce qui nous traverse,  la jupe délicatement soulevée du marronnier, la semoule jaune du colza en fleurs roulée à la main, ce qui pousse et chante, surtout, surtout le silence, cette douceur, extrême, mon père mort aperçu hier sur le quai d’une gare, ses cheveux blancs annelés, son clair blouson d’été bon marché, la pointe sur son front des cheveux dégageant deux criques à l’aplomb des tempes, ces petits hommes sans façade qu’on croise dans les quartiers humbles de la vie, ma mère retrouvée en rêve, que je portais dans mes bras, lui disant comme j’allais bien m’occuper d’elle à présent, la poigne douce du chagrin de leur fidèle absence, la main de chagrin qui se pose sur le cœur,  et les choses qu’on dit passées, en nous comme des fruits toujours mûrs, arrêtés pour l’entièreté du temps à leur meilleur point,  la douleur pour laquelle on voudrait un dieu à supplier,  petite Emily s’adressant au Maître, et pour lequel on voudrait à un dieu, et à Emily, rendre grâces, le livre à venir qui serait la prochaine vivante demeure, bois flotté dérivant sur un fleuve libre, étrave détachée de très juste profil afin de fendre toutes eaux, le livre oublié sous tous les livres, le livre méprisé, le bois lavé par la mort, vif comme la lueur du poisson, le livre dans lequel jamais on ne se baignerait deux fois le même,  le livre de langue débutante, buttante, ânonnante, le livre de taupe progressant sous les coups de pelle de l’émotion par éruption de buttes, djebels et puys,  ce qui nous traverse,  la cruauté des enfants envers les parents rendus à leur merci par l’étreinte rigoureuse de la vieillesse,  la pulsation revenue entre le rêve et l’éveil, diastole systole qui éloigne le rideau de fer derrière lequel on les croyait à jamais interdits de libre circulation,  le cercle de silence que fait au soir de chaque mardi, sur la place d’une ville française, une poignée de moines franciscains pour faire entendre la condition honteuse imposée à des étrangers rabattus par un ministre chien au service du chasseur nouvellement élu,  le cercle de silence que tracent dans le monde ceux qui sont en trop,  le vin bu avec la côte d’agneau au déjeuner d’hiver préparé par l’amour,  le livre comme une bête toujours dont on attend le bond, l’attente, toute l’attente, tendue vers ce qui nous traverse et on demeure, immobile, sur la lisière de la page retirée. 

ou chez Cheyne, en 2009,  Robert & Joséphine :

j’ai mon grognon dit l’enfant tu me l’enlèves ?

Joséphine pose un poing fermé sur le petit plexus le vibrionnne et tortillon bien planté vivement le retire

je l’ai eu ? encore ! dit l’enfant déjà soulagée un peu de l’indicible énigme :

qui creuse le nid du grognon ?

et qui détient le tire-grognon ? 

« j'ai peur du froid de mots sans espace dans une bouche dure et sans mâchoires

de mots qui ne montent plus jusqu'à la salive qui s'enfoncent dans le ventre » 

Image d'illustration de l'événement