L’encre et le parchemin : la fabrication et la vie des manuscrits médiévaux

Date de l'événement : 
Mardi 4 mars 1997 - 18:30
Auteur : 
Brigitte Fray-Lepoittevin
Thèmes Jeudis du patrimoine : 

Une partie importante du patrimoine de la Bibliothèque Municipale et Inter-Universitaire de Clermont-Ferrand consiste en manuscrits médiévaux sur parchemin. On peut admirer les enluminures dans un manuscrit et s’émerveiller devant ces petites oeuvres d’art. S’intéresser à la technique de fabrication de ces codices est une autre manière d’appréhender l’histoire du livre.

De la peau de l’animal (soit du mouton, soit du veau mort-né, soit de l’agneau mort-né) au parchemin, il se passe trois mois pendant lesquelles le derme est soumis à différentes opérations nécessitant de la chaux et beaucoup d’eau de bonne qualité. Le parchemin affiné et découpé, le copiste forme des cahiers (binion, quaternion...) puis règle le parchemin à la pointe sèche, puis à la mine de plomb, pour guider sa main ; la partie écrite, appellée justification, laisse libre les emplacements où interviendra l’enlumineur pour poser les couleurs et, éventuellement, l’or appliqué en feuilles ou en poudre. Le copiste écrit jusqu’au XIIe siècle avec un calame, puis avec une plume d’oie. Le canif est l’auxiliaire précieux du copiste pour tailler la plume et gratter une erreur.
La fabrication des couleurs tient de la chimie et... de la cuisine. (ainsi le liant est souvent du miel). Les connaissances des médiévaux ont été rassemblées dans l’ouvrage du célèbre moine d’Helmerhausen, Théophile, dans son Diversaurum artium schedula (traité de la fabrication des couleurs et d’orfèvrerie) et, plus tard, par Jehan le Bègue, greffier des maîtres généraux de la Monnaie du roi en 1431, ami des arts et de Johannes Alcherius qui lui a dévoilé ses recettes en 1398 à Paris.

Pour illustrer ces aspects techniques de la fabrication des manuscrits, on peut se reposer sur des exemples auvergnats pris dans les fonds patrimoniaux de la BMIU : ainsi dans le manuscrit 63 du XIIe siècle le Christ en majesté sur fond or du folio 55 ou la Crucifixion sur fond or du folio 58 ; le manuscrit 1 du XIIe siècle (Bible de Clermont)recèle de nombreuses initiales historiées, figurées ou zoomorphes. Ces exemples auvergnats ont été comparés à d’autres productions veant du Mont Saint-Michel (manuscrit 76, du XIe siècle), de la Bibliothèque municipale d’Avranches (Enarrationes in psalmos L de saint Augustin) et de la Médiathèque de Metz (manuscrit 494 des Xe et XIe siècles, livres de travail annotés et complétés, contenant des oeuvres de saint Augustins et provenant de l’abbaye de Saint-Arnoul).

- Le livre au Moyen Age, CNRS, 1988.

- DOSDAT (Monique), Enluminure romane au Mont-Saint- Michel(XIe-XIIe siècle), 1991.

- GARRIGOU (Gilberte), Naissance et splendeur du manuscrit monastique VIIe-XIIe siècle, 1992.

- CASSAGNES-BROUQUET (Sophie), Culture, artiste et société dans la France médiévale, Ophrys, 1998.

- SMEYERS (Maurice), La miniature, Brepols, Typologie des sources du Moyen Age occidental, 1974.

- BRUSATIN Manlio, Histoire des couleurs, Flammarion.

- BIBOLET (Françoise), Les manuscrits de Clairvaux au XIIe s., dans : Congrès archéologique de France, Troyes, Paris, 1955, p. 174-179.

- CAHN Walter, La Bible romane, Office du livre, 1982.

- MENTRE (Mireille) et DOMPNIER (B.), L’Europe et la Bible, BMIU, 1992.

- FRAY-LEPOITTEVIN, Les bibliothèques des Bénédictins de Metz au Moyen Age, Septentrion, 1997.

- Catalogue Trésor et Merveilles, BMIU 1998, (p. 110-111, 112.113).

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