Lecture et conservation des livres au Moyen Age Les anciennes bibliothèques de Clermont : état des sources et perspectives de recherche

Date de l'événement : 
Vendredi 11 avril 1997 - 18:30
Auteur : 
Donatella Nebbiai
Thèmes Jeudis du patrimoine : 

Bien que des personnalités issues du monde laïque - ce sont essentiellement aux XIVe et XVe siècle des bourgeois et des notaires - aient possédé ou fait copier des manuscrits, les bibliothèques les plus importantes de l'ancienne ville de Clermont se rattachent aux quatre principales institutions religieuses. Il s'agit, pour les origines, des clunisiens de Saint-Alyre et de la cathédrale Sainte-Marie, et pour la fin du moyen âge des couvents des Dominicains et des Carmes.

Les premières n'ont, au départ, que des dimensions relativement modestes. Il y avait ainsi à la fin du Xe siècle une soixantaine de manuscrits à la cathédrale et à peu près autant à Saint-Alyre au XIe siècle. Ces bibliothèques ont néanmoins renfermé des pièces illustres. C'est le cas, pour la cathédrale, du glossaire de l'évêque goth Ansileube, où des personnalités, sans doute des membres du chapitre, ont inséré, au XIe siècle, des compositions en vers mêlant le latin et l'ancien français (Bibl. mun. 240). L'un de ces auteurs était peut-être le "Guillelmuspoeta" dont le nom apparaît dans un ancien inventaire de la cathédrale. D'autres inventaires font état de l'existence à Saint-Alyre, toujours au XIe siècle, d'une bonne collection d'auteurs classiques ; ils révèlent également l'orientation de la bibliothèque au cours des premières décennies du XIIe siècle vers la "lectio divina" et la spiritualité.

En dépit des dispersions survenues depuis, cent quatre vingt manuscrits conservés émanant de Clermont ou de sa région ont pu être identifiés, dont la grande majorité est actuellement répartie entre la Bibliothèque de Clermont-Ferrand et la BnF. Leur examen a révélé des bibliophiles d'envergure qui tantôt commandent leurs livres sur place, comme l'abbé de Saint-Alyre Hugues Cussac (fin du XIIIe siècle), tantôt s'approvisionnent aux échoppes des libraires parisiens.
Ce sont des ecclésiastiques, et en particulier les évêques et les chanoines qui, en liaison avec la cathédrale, parviennent alors à rassembler les bibliothèques les plus remarquables : citons seulement ici les évêques Gui de La Tour du Pin et Jacques de Comborn et le chanoine Roger Benoiton, dont les livres ont fait récemment l'objet d'une étude approfondie.
Les collections clermontoises conservent leur ampleur et leur rôle de référence même à l'époque moderne. Consultées, notamment pour les sources de l'histoire des croisades, par des historiens comme Papyre Masson, André Duchesne, Jean Besly, elles ont également servi de cadre aux recherches d'érudits locaux. Ainsi c'est au couvent des Carmes, dont les livres seront, au cours du XVIIe siècle, prélevés par les émissaires du marquis de Colbert et emportés à Paris, que l'on peut rattacher Gérard Vigier, dit le Père Dominique (1595-1638), auteur d'un savant recueil de biographies des rois de France resté manuscrit ("Monarchia Francorum Historica" ou "Fasti regii").

Sources manuscrites et imprimées :

1) Anciens inventaires de bibliothèques :

Cathédrale : Arch. dép. du Puy de Dôme, arm. 18, s. A, c. 6 et 29 (Xe-XIe s.).

Saint-Allyre : Clermont-Ferrand, Bibl. mun. et interuniv. 243 (XIe-XIIe s.).

Carmes : Paris, Bibl. de l'Arsenal 4630 et Paris BnF, français 19644.

2) Pour les manuscrits conservés, outre E. Couderc, Catal. gén. des manuscrits des départements, t. XIV, Paris 1890, p. 1-213, cf. les répertoires de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, section de Codicologie (CNRS, Paris).

3) Pour la bibliothèque des Carmes, cf. B. de Montfaucon Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum nova, t. II, Paris 1739, p. 1278-1281 ; Ch. Labbe, Nova bibliotheca manuscriptorum, Paris 1652, p. 206-210 ; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans 1752 et réimpr. augmentée Rome 1927.

Bibliographie sommaire :

A. Genevois, J-F. Genest, A. Chalandon, Bibliothèques de manuscrits médiévaux en France, Paris, CNRS, 1987, art. Clermont-Ferrand ; E. Lesne, Histoire de la propriété
ecclésiastique
, t. IV. Les livres : scriptoria et bibliothèques, Lille 1938, p. 509-510 ; L. Douet d'Arcq Inventaire du trésor de la cathédrale de Clermont Ferrand, in Revue archéologique 10, 1853, p. 160-174 ; L. Bréhier, Etudes archéologiques, Clermont Ferrand 1910 ; R. Sève, A.G. Mandry, M. Chaulanges Pour une histoire vivante. L'histoire vue de l'Auvergne. Choix de documents concernant la Basse Auvergne et le Puy-de-Dôme, I, Clermont Ferrand 1959, p. 60-62 ; A.-M. Sève-Chagny et G. Hasenohr, En Auvergne au XVe sècle : le chanoine Roger Benoiton et ses livres in Du copiste au collectionneur. Mélanges d'histoire des textes et des bibliothèques en l'honneur d'André Vernet, éd. par D. Nebbiai et J.-F. Genest, Turnhout, Brepols, 1998, p. 421-466.

Image d'illustration de l'événement