Dévotions et spiritualité de la fin du Moyen Âge dans les manuscrits de la B.C.I.U

Date de l'événement : 
Jeudi 16 novembre 2006 - 10:15
Auteur : 
Ludovic Viallet
Thèmes Jeudis du patrimoine : 

Afin d’aborder un thème assez peu étudié par les chercheurs en Auvergne au cours des dernières décennies, on a choisi tout d’abord d’évoquer comment l’historien est un "chasseur de bribes", qui se doit de scruter chaque recoin d’un document, comme le montre par exemple la coute glose en langue vulgaire de l’Ave Maria laissée par un scribe, peut être un simple prêtre du Cantal, sur le dernier feuillet du ms. 356 - a priori plutôt consulté pour son Roman de Pontus et Sidoine ou son long poème moral composé ou copié en 1345.
Ont ensuite été présentés trois documents qui, chacun dans son genre, témoignent de la façon dont était vécue la foi et de la façon dont elle était dite. Le premier (ms.652) est un état, dressé en 1471, des donations faites à l’église paroissiale de Salers pour le salut de l’âme de certains fidèles.
Ce document doit être envisagé dans toute sa polysémie, puisqu’il exprime une réalité de foi, une réalité socio-économique et la prégnance, dans la séculaire mémoire culturelle chrétienne, du thème biblique du Livre de vie. Le second (ms.47) permet d’aborder, non la réception du message chrétien, mais sa transmission par la pastorale, puisqu’il s’agit du recueil de notes du dominicain Guillaume de Lyre, qui contient en particulier un petit traité de chiromancie permettant de repérer les qualités et surtout les vices. Enfin, on s’est arrêté sur un document (ms.484) totalement ignoré jusqu’alors, constitué de dix-neuf feuillets laissés par un nommé Pons de Theza dans les années 1440-1450. Ce sont des écritures de dévotion privées qui permettent d’entrer dans l’univers spirituel d’un individu du XVe siècle que son profil semble rattacher au monde passionnant et encore mal connu des "intermédiaires culturels".
Il restait, pour terminer notre parcours, à se demander ce que peut signifier la faiblesse quantitative et qualitative, dans les fonds clermontois, des écrits qui disent la croyance comme de ceux qui disent la "mauvaise croyance" - car l’hérésie apparaît en effet peu dans les sources locales. Trois remarques ont été formulées comme autant de pistes explicatives : autour d’une éventuelle action pastorale forte, d’une réelle faiblesse des structures d’enseignement et de diffusion du savoir, enfin du contexte politique de l’Auvergne tardo-médiévale, bien intégrée au Royaume de France.

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