Armorial de Guillaume Revel

Date de l'événement : 
Jeudi 16 janvier 2003 - 18:30
Auteur : 
Gabriel Fournier
Thèmes Jeudis du patrimoine : 

Dans les années 1450, Guillaume Revel, héraut d’armes d’Auvergne, fut chargé par Charles, duc de Bourbonnais, duc d’Auvergne et comte de Forez, de composer un armorial, destiné à inventorier et à décrire les armoiries des familles nobles de sa principauté. Le manuscrit, resté inachevé, est conservé à la Bibliothèque Nationale.
Sur chaque page, consacrée à un fief et à une famille, figurent le nom du fief en lettres de forme et les armoiries de la famille : entre les deux, un dessin représente les bâtiments seigneuriaux, berceau du lignage. Ces dessins représentent la principale originalité du document.
L’Armorial est un travail collectif qui suppose une double démarche sous la direction d’un maître d’œuvre, le héraut d’armes Guillaume Revel : des dessinateurs ont fait des relevés sur le terrain (on distingue plusieurs mains) ; d’autres en atelier ont été chargés de la mise au net. Les dessins ainsi réalisés sont un mélange de conventions (surdimension des édifices seigneuriaux, vues plongeantes, combinaison et assemblage de plusieurs croquis, liberté prise avec les lois de la perspective) et de détails d’une grande exactitude ( la représentation des édifices et des paysages est toujours orientable). Il en résulte des images réalistes, mais interprétées de manière à leur donner une signification sociale. En dépit de maladresses, ces dessins représentent une étape essentielle dans l’histoire de la représentation des paysages, qui ne sont plus simplement un décor, mais l’objet même de l’image.
L’Armorial renseigne sur la généalogie des familles de la noblesse, mais également, en raison de l’exactitude et du réalisme des dessins, il est un document unique et irremplaçable sur l’architecture civile, militaire, religieuse et vernaculaire à la fin du moyen âge : les édifices y sont représentés dans leur état ancien, avant les remaniements des époques moderne et contemporaine (plusieurs d’entre eux ont aujourd’hui totalement disparu). Les bâtiments seigneuriaux y occupent une place privilégiée. Les anciens châteaux de la première génération ont été profondément modifiés par l’adjonction de bâtiments à vocation résidentielle et quelques-uns sont de véritables palais ; les dessins confirment la multiplication des maisons fortes aux mains de la classe chevaleresque et de la classe des notables ; nombre d’églises et d’établissements religieux étaient plus ou moins fortifiés Mais l’environnement urbain et villageois n’est pas moins intéressant : les plans des villes et des villages s’organisent en fonction des édifices majeurs qui les dominent ; la représentation des enceintes et des organes défensifs, qui se sont multipliées et perfectionnés au cours du siècle précédent, a été l’objet d’une attention particulière de la part des dessinateurs.
Ces dernières années, l’Armorial de Guillaume Revel a été l’objet de deux éditions : l’une est consacrée aux seuls dessins de l’Auvergne et du Bourbonnais étudiés du point de vue historique et archéologique (1973) ; l’autre est une édition intégrale (en couleurs) avec des commentaires sur l’héraldique (1998).

Image d'illustration de l'événement